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Lycée Guez de Balzac, Place Beaulieu 16 000 Angoulême

Le professeur Guy Di Méo est venu jeudi 13 octobre au Lycée Guez de Balzac faire une conférence fort instructive sur le thème des inégalités dans le monde, thème qui constitue le programme de géographie du concours de l’ENS Lyon pour cette année 2016/2017. 
Le professeur Guy Di Méo a commencé sa conférence en soulignant l’évolution des nombreux indicateurs statistiques à disposition des géographes pour mesurer les inégalités ( PIB/hab, PIB/hab en parité du pouvoir d’achat, IDH Indice de Développement Humain (depuis 1990), IPM Indice de Pauvreté multidimensionnel (2010) ; mais aussi l’utilisation des déciles (combien possèdent les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres) ou des centiles ( combien possèdent le 1% le plus riche (pour mesurer la concentration des revenus ou du patrimoine), pauvreté absolue ( en dessous de 1,90 dollar par jour et par habitant depuis 2015 contre 1,25 dollar avant) pauvreté relative ( revenu ne dépassant pas 60% du revenu médian ). Guy Di Méo a également mené une réflexion sur le vocabulaire en lien avec cette question des inégalités et que tout étudiant devrait maîtriser. (capabilité (ou « capacité à « …concept d’Amartya Sen) , ségrégation (terme à réserver à des cas politiques extrêmes selon Jacques Brun), discrimination, relégation, assignation, égalité ( concept puisé au sein de l’utopie des Lumières, ou l’équité (John Rawls). 
Une fois ces préliminaires posées le professeur Di Méo a souligné le recul de la pauvreté à l’échelle mondiale depuis les années 80 comme l’atteste le recul du nombre de pauvres absolus ( 900 millions en 2012 ), l’augmentation de l’IDH, l’augmentation de la part de la population accédant à l’eau potable au quotidien, l’augmentation de l’espérance de vie. Cependant de façon parrallèle les inégalités se sont accrues par l’extension d’un capitalisme libéral à l’ensemble de la planète ( la définition de la mondialisation selon Laurent Carroué) par un processus d’accaparement et de concentration des terres notamment au sein des PVD, par la structuration d’une planète financière qui joue un rôle croissant dans l’économie mondiale et a fait naître des pays à faible poids démographique mais très riches. ( Liechtenstein, Luxembourg, Quatar, Brunei, Singapour, Hong Kong ou les Bahamas). 
Mais les inégalités s’expriment dans l’espace notamment à travers l’exemple des zones d’habitat les plus pauvres qui sont souvent également celles qui sont le plus soumises aux risques (au sein de la ville de Concepción au Chili les quartiers les plus pauvres au sein de la baie sont construits sur des remblais récents provenants de déchets urbains et apparaissent les plus vulnérables au raz de marée.) Le géographe Christophe Guilly dans fractures françaises montre, quant à lui, une marginalisation des populations périurbaines des grandes métropoles ainsi que des marges territoriales d’un espace rural souvent délaissé (la diagonale du vide). Cette approche ne doit cependant pas occulter que c’est pourtant au sein des villes et des Zones Urbaines Sensibles que se concentrent encore l’essentiel de la pauvreté. De fait un lien doit être fait entre les politiques d’aménagement du territoire et la lutte contre les inégalités par exemple en essayant d’assurer à tous les mêmes conditions d’accès à des moyens de transport rapides comme les autoroutes par exemple (isotropie), ou par la politique de la ville en faveur des espaces urbains en difficulté. Néanmoins malgré les lois de 1995 et de 1999 (LOADDT) c’est plutôt l’hétérotopie qui semble prédominer (fermetures des petites gares, moindre désserte etc ..) et les jugements sur la politique de la ville sont pour le moins nuancés. 
Dans ce rapport à l’espace le professeur Di Méo a souligné que les inégalités se structuraient à toutes les échelles : petite échelle mise en évidence à travers une typologie des pays selon leur position sur le critère de l’IDH qui n’est pas toujours corrélé aux revenus des pays ( Cuba, Vietnam, Kenya, Costa Rica ) ; échelle intermédiare des Etats où l’on peut toujours opposer des régions plus riches à d’autres plus pauvres ( le Borno pauvre et le Bedel riche au Nigéria par exemple) : grande échelle : celle des villes et agglomérations où l’on peut mettre en évidence des profils de quartiers fort différents (Basseau n’est pas le quartier du Champs de Mars ou de Saint Cybard à Angoulême). 
La question de la lutte contre les inégalités oppose par ailleurs ceux qui prônent la recherche de l’égalité et les partisans de l’équité à travers la notion de Maximin de John Rawls c’est à dire la capacité d’assurer le maximum possible à ceux qui ont le moins. La voie de l’équité s’est ainsi traduite par la mise en place d’une justice procédurale dont les conventions entre Sciences Po Paris et certains lycées de ZEP en sont un exemple célèbre (2001). Mais puisque les inégalités sont aussi des inégalités spatiales c’est également à ce niveau qu’il convient d’y remédier : la construction de téléphérique reliant certaines favelas au centre ville dans de nombreuses villes d’Amérique Latine (métrocâble de Medellin, téléphérique de La Paz, funiculaire à Rio) illustre ce processus , ainsi que la volonté d’y établir désormais des équipements socio-culturels ( médiathèque / école). 
Comme on le voit de par la richesse et la diversité des thèmes abordés et par la précision des exemples le professeur Di Méo a fait oeuvre utile pour nos étudiants de khâgne qui ont chaleureusement remercié l’intervenant. La prochaine conférence dans le cadre de notre cycle des conférences des prépas littéraires ouvertes à un public extérieur que nous saluons ici est prévue le mardi 10 janvier où nous acceuillerons le réalisateur Jean-Gabriel Périot notamment pour les étudiants en option cinéma de nos classes d’Hypokhâgne et de Khâgne.

Post Author: prepalitt-GuezdeBalzac-16

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